Un tribunal italien juge qu’un travailleur étranger ne peut pas être pénalisé pour un retard administratif de dix-huit mois
Un tribunal italien juge qu’un travailleur étranger ne peut pas être pénalisé pour un retard administratif de dix-huit mois
Une décision importante en matière d’immigration vient d’être rendue en Italie. Le Tribunal administratif régional des Pouilles a annulé le refus d’un permis de séjour pour travail saisonnier, estimant qu’un étranger ne peut pas perdre ses droits en raison de l’inaction de l’administration.
Dans un jugement publié le 9 juin 2026, le Tribunal administratif régional des Pouilles, siégeant à Bari, a examiné le recours inscrit sous le numéro 648 de 2026. L’affaire concernait un travailleur étranger entré légalement en Italie grâce à une autorisation de travail saisonnier et au visa correspondant.
Après son arrivée sur le territoire italien, l’intéressé avait signé le contrat de séjour requis par la législation et présenté une demande de permis de séjour pour travail saisonnier. Pourtant, malgré le dépôt régulier de cette demande, l’administration n’a pris aucune décision pendant près de dix-huit mois.
Lorsque la Préfecture de police de Bari a finalement examiné le dossier, en juillet 2025, elle a refusé de délivrer le permis. L’administration a soutenu que la durée maximale du séjour saisonnier était désormais expirée et que le demandeur n’avait pas sollicité la conversion de son titre de séjour vers une autre catégorie de permis.
Le tribunal n’a pas suivi ce raisonnement.
Les juges ont relevé que les motifs invoqués par l’administration étaient directement liés à son propre retard. Selon la décision, il est illogique de reprocher à une personne de ne pas avoir converti un permis de séjour qu’elle n’a jamais reçu. En d’autres termes, l’administration ne peut pas utiliser les conséquences de son inertie pour justifier ensuite un refus.
La juridiction administrative a également souligné que le travailleur remplissait les conditions requises pour obtenir le permis lorsqu’il avait présenté sa demande. Le simple écoulement du temps, provoqué par l’inaction des autorités, ne pouvait donc pas faire disparaître ce droit.
Cette affaire dépasse le cadre du cas individuel. Dans le système italien de l’immigration, la possession d’un permis de séjour conditionne souvent l’accès à d’autres procédures administratives, telles que le renouvellement ou la conversion du titre. Lorsqu’un document n’est pas délivré à temps, le risque est de voir se multiplier les conséquences négatives pour l’étranger concerné.
Le tribunal a ainsi réaffirmé un principe fondamental du droit administratif : l’administration ne peut tirer avantage de sa propre inaction. Les retards procéduraux doivent être supportés par l’autorité qui les a provoqués et non par le citoyen qui a respecté les obligations prévues par la loi.
La décision revêt également une importance pratique. Les juges ont rejeté les arguments selon lesquels des difficultés techniques ou informatiques empêcheraient l’administration de reconnaître la situation juridique du demandeur. Selon le tribunal, les contraintes organisationnelles ne peuvent jamais justifier la violation des droits reconnus par l’ordre juridique.
Dans un contexte où les délais administratifs constituent souvent l’une des principales difficultés rencontrées par les migrants en Europe, cette décision pourrait devenir une référence importante pour les litiges portant sur les retards dans le traitement des demandes de séjour.
Par Maître Fabio Loscerbo