Italie : le tribunal juge que les retards administratifs ne peuvent pas justifier le refus d’un titre de séjour
Italie : le tribunal juge que les retards administratifs ne peuvent pas justifier le refus d’un titre de séjour
Un tribunal administratif italien a annulé le refus d’un titre de séjour pour stage professionnel, en affirmant que l’administration ne peut pas utiliser les conséquences de son propre retard pour rejeter une demande qui avait été présentée régulièrement.
Par le jugement n° 1260 du 29 juin 2026, le Tribunal administratif régional d’Émilie-Romagne a considéré que la préfecture de police de Bologne avait agi illégalement en refusant un titre de séjour demandé pour un stage de six mois.
Le demandeur était entré légalement en Italie, avait présenté sa demande dans les délais, avait accompli le stage comme prévu et avait ensuite obtenu un contrat de travail à durée indéterminée. Malgré cela, l’administration n’avait statué qu’après la fin du stage.
La demande avait été présentée dans les délais
Le ressortissant étranger était entré en Italie le 14 juillet 2024 avec un visa valable pour études et stage professionnel.
Le programme devait se dérouler du 2 août 2024 au 31 janvier 2025 et avait pour objectif l’acquisition de compétences professionnelles dans le secteur du bâtiment.
Le demandeur avait présenté sa demande de titre de séjour le 9 août 2024, soit quelques jours seulement après le début du stage. Il s’était ensuite rendu auprès du bureau de l’immigration pour les opérations d’identification et de relevé des empreintes digitales.
La procédure avait donc été régulièrement engagée et le demandeur avait accompli les formalités qui lui incombaient.
Pourtant, l’administration n’avait pas délivré le titre avant la fin du stage.
Le premier avertissement est arrivé un an plus tard
La situation est devenue particulièrement problématique lorsque la préfecture de police a adressé sa première objection formelle près d’un an après le dépôt de la demande.
L’administration reprochait au demandeur de ne pas avoir produit la preuve du renouvellement du projet de stage.
Le tribunal a considéré cette motivation comme illogique.
Le stage n’avait pas été abandonné ni interrompu. Il avait été accompli jusqu’à son terme, à la date initialement prévue.
Le demandeur ne sollicitait pas un nouveau stage ni la prolongation du précédent. Il demandait le titre de séjour correspondant au projet pour lequel il avait été autorisé à entrer en Italie.
La fin normale du stage ne pouvait donc pas être transformée en motif de refus.
L’administration ne peut pas tirer avantage de son propre retard
Le principe central du jugement est clair : le retard administratif ne peut pas devenir un obstacle juridique opposé au demandeur.
Le tribunal reconnaît que les délais prévus pour la délivrance des titres de séjour ne sont généralement pas des délais impératifs. Une décision tardive n’est donc pas automatiquement illégale.
Cela ne signifie toutefois pas que l’administration puisse ignorer les effets juridiques de son propre retard.
La demande devait être examinée au regard de la situation existant au moment où elle avait été présentée.
Dans cette affaire :
le demandeur disposait d’un visa valable ;
la demande avait été déposée rapidement ;
le stage avait effectivement été réalisé ;
le projet s’était achevé alors que la procédure était toujours pendante ;
le titre n’avait pas été délivré parce que l’administration n’avait pas statué à temps.
Le tribunal a donc exclu que la fin du stage puisse justifier le refus.
Le demandeur était également critiqué pour ne pas avoir demandé la conversion du titre
La décision de refus faisait aussi référence au fait que le demandeur n’avait pas sollicité la conversion du titre de séjour pour stage en titre de séjour pour travail salarié.
Le tribunal a jugé ce raisonnement tout aussi erroné.
Une demande de conversion suppose normalement l’existence d’un titre de séjour à convertir.
Or, dans cette affaire, le titre pour stage n’avait jamais été délivré.
Le demandeur ne pouvait pas être tenu responsable de ne pas avoir converti un document que l’administration elle-même ne lui avait jamais remis.
L’absence de demande de conversion était donc la conséquence du retard administratif, et non d’un manque de diligence de l’intéressé.
Le demandeur avait ensuite obtenu un emploi stable
L’affaire démontrait également que le stage avait atteint son objectif professionnel.
Le 8 septembre 2025, le demandeur avait signé un contrat de travail à durée indéterminée.
Cette circonstance ne transformait pas automatiquement la demande initiale en demande de titre de séjour pour travail salarié. Elle constituait néanmoins un élément important que l’administration devait prendre en considération lors du réexamen de la situation.
Le tribunal n’a pas ordonné la délivrance immédiate d’un titre de séjour pour travail.
Il a imposé à la préfecture de police de réexaminer la demande sans se fonder sur les motifs illégaux utilisés dans la décision de refus.
Une motivation confuse et contradictoire
Le tribunal a également critiqué la motivation de la décision administrative.
Le refus faisait référence à plusieurs éléments différents :
la fin du stage ;
l’absence de prolongation du projet ;
l’existence d’un contrat de travail ;
la situation contributive du demandeur ;
l’absence de demande de conversion ;
l’absence supposée des conditions permettant la délivrance d’un autre titre.
Selon les juges, cette accumulation d’éléments ne permettait pas de comprendre clairement la véritable raison juridique du refus.
Une décision administrative doit permettre à l’intéressé de comprendre le raisonnement suivi par l’autorité.
L’énumération de faits hétérogènes ne suffit pas lorsque l’administration n’explique pas lequel d’entre eux est décisif et pour quelle raison.
Un problème plus général des procédures d’immigration
Le jugement met en lumière une difficulté structurelle de l’administration italienne de l’immigration.
De nombreux titres de séjour sont liés à des activités limitées dans le temps : stages, emplois saisonniers, cours d’études, projets de recherche ou programmes de formation.
Lorsque la procédure administrative dure plus longtemps que l’activité elle-même, le titre risque de perdre toute utilité avant même d’être délivré.
Si l’administration pouvait refuser chaque demande au seul motif que le projet s’est achevé pendant la période d’attente, elle pourrait rendre la procédure inutile simplement en ne statuant pas à temps.
Le tribunal refuse un tel résultat.
La demande doit être appréciée à la lumière des circonstances existant lors de son dépôt, surtout lorsque l’intéressé a agi correctement et que l’expiration du projet résulte uniquement du retard de l’administration.
L’administration doit réexaminer l’affaire
Le jugement n’accorde pas directement le titre de séjour.
Il annule la décision de refus et impose à la préfecture de police de Bologne de réexaminer la demande.
Dans le nouveau cadre procédural, l’administration ne pourra pas considérer comme négative la conclusion régulière du stage.
Elle ne pourra pas non plus reprocher au demandeur de ne pas avoir converti un titre qui n’a jamais été délivré.
Elle devra examiner la demande initiale, le bon déroulement du stage et la relation de travail apparue par la suite.
Un principe essentiel pour les ressortissants étrangers
La décision confirme un principe fondamental d’équité administrative.
Un ressortissant étranger qui présente sa demande dans les délais et accomplit les formalités requises ne doit pas supporter les conséquences d’un retard imputable aux autorités.
L’absence de délai impératif ne confère pas à l’administration une liberté illimitée.
Les autorités publiques doivent agir de bonne foi et ne peuvent pas utiliser les effets de leur propre inertie pour refuser un droit.
En matière d’immigration, le temps n’est pas une question secondaire. Les retards peuvent compromettre l’emploi, la régularité du séjour et la continuité du parcours personnel de l’intéressé.
Le jugement affirme clairement que le temps administratif ne peut pas être géré de manière à neutraliser le droit que la procédure devait précisément protéger.
Avv. Fabio Loscerbo
ORCID : https://orcid.org/0009-0004-7030-0428